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Actualités – Deux soutenances d’HDR en septembre 2026

Maison de la recherche de l’Université Paris 8, salle A2-201

Frédérique Giraud – Mardi 8 septembre 2026 à 13h30

Frédérique Giraud (garant : Stéphane Bonnéry)

Le dossier d’habilitation comprend trois volumes.

Le premier volume est constitué d’une note de synthèse intitulée « Socialisation, éducation, formation : les luttes de classements, entre dispositions et matérialités. »

La note de synthèse propose notamment une relecture transversale de l’ensemble de mon parcours scientifique, en dégageant le fil analytique qui le structure de l’intérieur : l’attention portée aux objets, espaces et agencements dans lesquels se déroulent les apprentissages en faisant l’hypothèse qu’ils ne sont jamais socialement neutres. Pour rendre ce programme opératoire, je théorise la notion de configuration matérielle, entendue comme l’ensemble des arrangements concrets dans lesquels se tissent, souvent imperceptiblement, les conditions sociales de l’apprentissage. Cette notion s’inscrit dans le prolongement des travaux qui ont montré que les inégalités scolaires ne se réduisent pas à des différences de motivation ou de capacité, mais s’enracinent dans des conditions d’existence objectivement différenciées. Elle les prolonge cependant en déplaçant l’attention vers la dimension proprement matérielle de ces conditions : ce ne sont pas seulement les dispositions incorporées qui varient selon les milieux sociaux, mais aussi les environnements concrets dans lesquels ces dispositions peuvent — ou ne peuvent pas — s’actualiser et se développer.

Le second volume est constitué d’une recherche inédite titrée « Une sociologie des jeux Montessori en famille : matérialité des apprentissages, production inégale de dispositions cognitives et luttes de classement. » 

J’y propose une sociologie de la matérialité des apprentissages à partir de l’étude des jeux Montessori en famille, objets hybrides à la frontière du jeu et de l’outil pédagogique. En m’appuyant sur la notion d’affordances, j’analyse comment les familles s’approprient différemment les jeux Montessori pour en faire, selon les cas, un instrument de jeu, d’apprentissage scolaire ou de développement cognitif. Derrière l’entrée par les jeux Montessori, cette recherche poursuit un questionnement plus large sur les logiques de transmission culturelle, de socialisation cognitive et de luttes de classement qui traversent l’éducation familiale. Le matériel Montessori n’est ici qu’un prétexte méthodologique, un analyseur privilégié permettant de saisir, à travers un objet concret et circonscrit, des processus autrement difficiles à observer : comment les familles transmettent à leurs enfants des manières de penser, de raisonner et de se rapporter au savoir, et comment ces manières se trouvent différemment valorisées selon les positions sociales. L’enjeu est ainsi de comprendre comment se fabrique, dès les premières années, une inégale distribution des dispositions cognitives, non pas comme un donné naturel de l’enfant mais comme le produit d’un travail familial de cadrage et d’appropriation, socialement situé. Ce faisant, cette recherche s’inscrit dans une réflexion sur les luttes de classement qui opposent les groupes sociaux jusque dans leurs façons de définir ce qui compte comme un bon jeu, un bon apprentissage ou une bonne enfance, révélant que ces catégories, loin d’être neutres, sont elles-mêmes un enjeu de la reproduction sociale.

Le troisième volume propose à la lecture une sélection de travaux discutés dans le volume 1.

Jury: 

Stéphane Bonnéry, Professeur en sciences de l’éducation à l’Université Paris 8 (Garant)

Gilles Brougère, Professeur émérite de sciences de l’éducation à l’université Sorbonne Paris Nord

Hugues Draelants, Professeur de sociologie à l’Université Catholique de Louvain (Belgique)

Héloïse Durler, Professeure associée à la Haute École Pédagogique Vaud (Suisse)

Rachel Gasparini, Professeure en sciences de l’éducation à l’Université Lyon II

Wilfried Lignier, Directeur de recherche CNRS (Rapporteur)

Mathias Millet, Professeur de sociologie à l’Université de Poitiers (Rapporteur)

Maison de la recherche de l’Université Paris 8

Séverine Depoilly – Vendredi 25 septembre 2026 à 13h30

Séverine Depoilly (garante : F. Maillard)

« Des jeunesses populaires au lycée professionnel. De l’étude des inégalités sociales et sexuées à celle des processus de formation, qualification et professionnalisation ».

Le dossier d’HDR est composé de deux volumes. 
Volume 1 : 
Le premier volume (299 p.) est intitulé « Des jeunesses populaires au lycée professionnel. De l’étude des inégalités sociales et sexuées à celle des processus de formation, qualification et professionnalisation ». 
Il prend la forme d’une note de synthèse qui vise à présenter mon programme de recherche entamé il y a maintenant 20 ans et consacré à ce segment du système éducatif qu’est le lycée professionnel, aux jeunesses qui y sont scolarisées et formées, au travail que les acteur·rices éducatif·ves y conduisent, aux contenus d’enseignement, à leur sélection, leur organisation, leur hiérarchisation tels qu’ils sont prescrits et tels qu’ils sont mis en œuvre dans des situations scolaires d’apprentissage. Mes recherches successives, en faisant dialoguer sociologie de l’école et de la formation, du genre, du travail, de la déviance et des jeunesses populaires consolident et enrichissent tout un ensemble d’analyses consacrées à l’étude des mécanismes de reproduction des inégalités sociales et sexuées par l’enseignement professionnel, dans l’accès aux savoirs et aux apprentissages, en même temps qu’elles invitent à en considérer les formes de déplacement et les infléchissements.
Le premier volume est composé de trois parties. 
Dans une première partie intitulée « Penser le lycée professionnel et ses jeunesses populaires », j’explicite pourquoi et suivant quelles approches le LP m’est apparu comme un cadre pertinent pour penser les processus de scolarisation, le rapport des filles et des garçons des milieux populaires à l’école, aux savoirs, à la formation. Je reviens sur les apports comme sur les points aveugles des logiques interprétatives les plus mobilisées par la littérature scientifique pour penser les expériences du LP, soit comme expérience de domination et de relégation, soit comme expérience d’émancipation. Je plaide de fait pour une pensée en nuances de l’enseignement professionnel, attentive à l’intrication des rapports sociaux de sexe, de classe, de « race » et plus à même de rendre compte des processus complexes, ambivalents et possiblement contradictoires qui font les expériences au LP. 
La deuxième partie intitulée « Enquêter dans les LP et sur ses jeunesses populaires. Penser des expériences plurielles » explicite mes choix d’enquête des points de vue méthodologique et épistémologique. Je présente l’enquête ethnographique telle que j’ai tenté de la mettre en œuvre, j’en discute la portée, les conditions de possibilité, les objectifs et les limites. En l’espèce, le cumul des matériaux permis par l’enquête ethnographique conduite au long cours et dans des contextes socio-géographiques diversifiés permet de rendre compte d’un nuancier d’expériences du LP et de complexifier ce qu’on uniformise volontiers lorsqu’on parle des lycéennes et des lycéens professionnel·les. 
La troisième partie intitulée « Former, qualifier, professionnaliser des jeunesses populaires féminines rurales dans les services » présente les principaux résultats issus d’une enquête ethnographique conduite dans un Bac Pro Soins et services aux personnes et aux territoires en lycée professionnel agricole (LPA). Ce Bac pro accueille un public presqu’exclusivement composé de filles des milieux populaires ruraux souvent très fragiles scolairement. Il condense des problématiques anciennes et tenaces s’agissant de ces spécialités de formation désignées comme féminines relatives aux mécanismes d’essentialisation des compétences et d’invisibilisation des qualifications. L’analyse conjointe des pratiques et normes socialisatrices à l’œuvre et des manières de se les approprier par les élèves vise une compréhension fine et renouvelée de ce qui se transmet très concrètement et qui relève d’une culture technique largement minorée, voire déniée dans ces formations féminines et populaires. Telle perspective documente autrement les permanences comme les reconfigurations des inégalités sociales et sexuées dans l’accès à la formation, aux savoirs et à la qualification.
Volume 2 : 
Le second volume (237 p.) rassemble certaines des publications les plus marquantes et éclaire, sous un autre jour, le volume 1. Il en accompagne la lecture. La sélection opérée souhaite ainsi rendre compte du mouvement, des évolutions de ma réflexion. Cette dernière s’est d’abord centrée sur les jeunes filles et garçons des milieux populaires scolarisé·es dans des environnements socio-scolaires urbanisés, fortement paupérisés et ségrégués et sur l’étude des influences socialisatrices juvéniles sur les expériences de formation. Elle s’est ensuite consacrée à une étude des jeunesses rurales au LP, dans des spécialités dites « féminines » ou « masculines », ce qui a permis de penser les expériences à la croisée des mondes scolaires et du travail et comme produites par l’intrication complexe des dynamiques socialisatrices scolaires, familiales, juvéniles, professionnelles elles-mêmes genrées et classées. 
Jury : 
Fabienne Maillard, Professeure émérite en sciences de l’éducation, CIRCEFT-ESCOL, Université Paris 8, garante
Prisca Kergoat, Professeure des Universités en sociologie, CERTOP-UTOPI, Université de Toulouse, rapporteure 
Mathias Millet, Professeur des Universités en sociologie, GRESCO, Université de Poitiers 
Sophie Orange, Professeure des Universités en sociologie, CENS, Université de Nantes, rapporteure 
Jean-Yves Rochex, Professeur émérite en sciences de l’éducation, CIRCEFT-ESCOL, Université Paris 8
Stéphanie Rubi, Professeure des Universités en sciences de l’éducation, CERLIS, Université Paris Cité 

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